aikido 1973 Wavre

Itinéraire d’un pratiquant hors du commun

Durant le stage de Wégimont comme à chaque stage, cette réflexion : « Tu n’es pas le fils de René, toi ? » Question anodine s’il en est mais qui montre combien mon père, René Vanhenten a marqué le souvenir de nombre d’anciens.

Et pour cause.

Arrivé à aïkido en 1969, il a foulé ses premiers tatamis emmené par son beau-père Auguste Legrève, à une époque où le nom même d’aïkido était à peine connu. C’était ce que j’ai coutume d’appeler l’époque des pionniers.

Je me souviens de ces nombreux dimanches passés à faire des démonstrations pour faire découvrir aïkido, qui sur un parking de GB, qui lors d’une fancy-fair. Etrangement, je n’avais pas d’idée de ce que la vie pouvait être sans aïkido alors que pour le plus grand nombre c’était quelque chose d’inconnu. A cette période encore, circulaient pas mal de légendes et de récits de démonstrations quasi-magiques des « maîtres japonais ». Il y avait un certain côté mystique qui heurtait mon côté rationnel tout en conférant à aïkido un côté spirituel qui a toujours été présent dans l’esprit du ô sensei Ueshiba.

aikido 1973 WavreJ’ai dû attendre l’anniversaire de mes 12 ans pour poser le pied sur un tatami. « Avant 12 ans on ne peut pas appréhender convenablement l’aïkido me répétait mon père ». Depuis l’idée a fait du chemin et René avait, avec sa femme Jeannique, lancé une des toutes premières sections jeunes et organisé avec maître Sugano le premier stage enfant en Belgique !Une fois entré dans le dojo, pas questions d’en sortir pour quelque motif futile.

« D’abord l’aïkido, après les devoirs » martelait le paternel. Mon frère ça la détourné de l’aïki ! Moi, j’ai mordu (comme quoi avec les enfants, il n’y a pas de recette !).

Après le dojo de Wezembeek, mon père s’est installé à Braine l’alleud, toujours avec Auguste pour ensuite continuer seul. Le dojo a compté jusqu’à 150 membres sans compter les cours privés. Dans la foulée il a ouvert le dojo de Nivelles qui continue d’évoluer avec Luc Patriarche, un de ses anciens élèves. Auparavant il y a eu Azis Belhassane venu préparer son Shodan dans le dojo de mon père pour ensuite prendre son envol sur Bruxelles.

Et puis il y eu Christian Tissier.

Mon père à découvert Christian au tout début des années 1980, il y a déjà près de 20 ans ! A cette époque Christian Tissier était encore inconnu en Belgique et c’est en emboîtant le pas à Yves Pierlot et Marie-Pierre et Claude Portzenheim qu’il a compris ce que cet homme apportait à aïkido Il décida à contre-courant de la tendance du moment de se joindre aux « avant-gardistes » et d’opter pour le style « Tissier ». De cette nouvelle génération de pratiquants qu’il a formé a émergé entre autre Frédéric Bauvir qui a repris les rennes du dojo de Braine l’alleud (et a été dissous en 2013) . Mon père se rendait fréquemment à Vincennes avec d’autres, comme Claude Portzenheim. Il participait aux stages de Tissier et est vite devenu un ami et un uke apprécié de Christian alors qu’au sein de la fédé à cette époque maître Sugano donnait le ton. Un jour mon père eut une conversation avec Dany Leclerre qui lui demanda : « Mais qu’est-ce que tu vas tout le temps faire à Vincennes ? » A cela René répondit « Viens avec moi la prochaine fois . ». C’est ce que fit Dany (voir article dans le Flash aïkido n° 78 p. 8).

Dans le vestiaire, Dany Leclerre eut cette boutade : « Et bien René, je raccrocherais bien ma ceinture ! ». Il ne la raccrocha pas mais retourna voir Tissier et agit en tant que président avisé de l’AFA pour donner à Christian Tissier son rôle actuel au sein de notre fédération.

Il est je crois inutile de s’étendre sur l’impact de Christian Tissier sur l’aïkido en Belgique. Pour beaucoup il a redonné l’envie de « continuer à découvrir » l’aïkido avec l’enthousiasme du début.  Christian Tissier a dirigé cette année son deuxième stage de Wégimont, signe extérieur évident du rôle qu’il joue aujourd’hui au sein de l’AFA et pour l’aïkido en Belgique.

Malheureusement mon père qui a dû s’installer en France pour raisons professionnelles en 1996 n’aura pas eu l’occasion de connaître la confirmation du bien-fondé de sa démarche. En janvier 2001, il nous a quitté suite à un cancer foudroyant qui l’a emporté en 6 semaines. En pratiquant cet été à Wégimont parmi tous ces aïkidokas venus en nombre écouter l’enseignement de Christian Tissier, j’ai senti son souvenir planer autour du tatami.

Dômo arigato René
Christian Vanhenten
Kimochi Aïkido dojo de Namur-Jambes

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