conflit avoir raison ou la relation à travers nikkyo

Le canal de la douceur

Le cours du 19 novembre 2014 fut l’occasion d’une intéressante exploration

Partis de “kata dori” nous avons exploré de front l’ambivalence entre self-défense” et travail en harmonie.

nikkyoLa notion de bienveillance sans naïveté a été particulièrement bien illustrée par la qualité que nous devons développer – surtout dans des clés comme nikkyo ura – de douceur dans la pratique tout en restant martial. Concrètement cela veut que lorsque je tiens le bras de l’une (celui qui attaque) et que je fais la clé, je ne cherche pas la douleur, je cherche à canaliser l’uke dans un “canal de douceur” vers une issue qui respecte les deux partenaires.

Si l’attaquant “sort du jeu”, c’est-à-dire s’il veut revenir à la situation où il a l’initiative (en gros s’il résiste et veut changer la donne pour gagner), il doit sentir qu’il entre alors dans l’espace où “ça fait mal”, un espace où “la vie est plus pénible”.

Nous créons ainsi une expérience où le partenaire peut vivre “l’attitude gagnant-gagnant”. Cette expérience n’est pas imposée, elle est présentée comme une alternative: travail en souplesse ou confrontation.

Du côté de l’uke (celui qui attaque), l’apprentissage est différent. Le travail est pour lui l’occasion de se connecter à l’autre et d’explorer comment il vit ce passage du “j’ai raison et tu as tort” à “explorons ensemble un espace de dialogue”. Au moment de la clé de bras, la saisie est à la fois douce et présente. Si l’uke écoute son corps, il peut sentir ce canal de douceur où il ne ressent pas de douleur tout en percevant que s’il s’en écarte l’expérience deviendra pénible voire douloureuse. A cet instant, il a le choix de lâcher l’intention initiale de vouloir avoir raison sur l’autre – matérialisée par l’attaque – ou de vivre l’expérience gagnant-gagnant dans laquelle le tori (celui qui fait la technique) l’a placé.

L’intention de celui qui fait la technique est ici l’élément essentiel. Le tori (celui qui fait la technique) peut vouloir contrôler l’attaquant. Il passe alors à côté de l’essentiel même s’il fait un nikkyo “extraordinaire”. Il peut également entrer dans cette exploration de la relation à l’autre et “utiliser” l’attaque pour transformer la situation et faire émerger le dialogue. Dans ce second cas de figure, il faut éviter l’écueil de la naïveté. Demander à l’autre de m’épargner parce que je suis bienveillant est aussi illusoire que demander à un taureau de ne pas m’encorner parce que je suis végétarien. La bienveillance doit garder ce qu’il faut de martialité pour évoluer dans un monde qui n’est pas peuplé que de bisounours!

conflit-raison-relationPour faire le pont avec le quotidien, qui parmi vous n’a jamais vécu ces conflits où pour avoir raison nous créons un expérience désagréable pour l’un comme pour l’autre en “endommageant” la relation. Accusation aveugle, affirmation, absence d’écoute de ce que l’autre a à nous dire, le conflit peut devenir un combat où l’on résiste à l’autre pour obtenir sa reddition (“tu as raison!”) mais qui nous laisse dans un champ de ruines relationnelles.
Face à l’agression de celui qui veut avoir raison, nous pouvons créer un espace où la relation peut revenir au centre de notre attention. C’est ce que nous avons illustré par ce nikkyo.

Le plaisir que j’ai eu à partager cela avec vous est né de vous voir explorer cela, chacun à votre niveau, et de voir la qualité de votre exploration. Merci

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