Shodan, le grade du début

shodan_aikidoEtrange paradoxe que le nom attribué à la ceinture noire. Le “sho” de shodan signifie premier, nouveau ou début en japonais.

Ainsi donc ce grade auquel tant de pratiquants d’arts martiaux comme une sorte de finalité ne serait en fait qu’un début, qu’un commencement?

Les pratiquants blasés, ceux qui savent, feront la moue et dans un haussement d’épaule vous diront qu’ils savent cela.

Mais c’est ignorer la symbolique qui se cache derrière cette ceinture noire qui consacre un certain niveau de pratique martiale. Des milliers de personnes pratiquent les arts martiaux et arrêteront avant cette fameuse ceinture noire. Dire qu’elle est un début est donc une absurdité pour la grande majorité des pratiquants. C’est en quelque sorte considérer que la pratique avant le shodan est nul, qu’il n’entre pas en ligne de compte puisque ce premier dan est un début!

Et bien sûr que c’est un début. Si le chemin est une succession de pas, chaque pas est un début. Mais ce serait une erreur d’oblitérer les pas qui ont été faits pour arriver là où on est.

S’efforcer de vivre plus dans le présent n’implique pas de nier le passé qui est l’espace de notre expérience. Regarder vers l’avant ne veut pas dire oublier ce qui est derrière.

En aïkido on utilise parfois le terme de mukyu qui veut dire sans grade pour désigner les débutants. C’est le grade avant la ceinture blanche, le 6è kyu. Pourtant, le sans grade doit dès le début porter une ceinture blanche. Il faut bien contenir le keigogi. Et donc le sans grade porte quand même une ceinture blanche et sa pratique ne compte pas car le début sera pour plus tard, lorsqu’il obtiendra le grade du début, du commencement: le shodan!

Revenons les pieds sur terre, lorsque le débutant esquisse ses premiers mouvements il en est au début de sa pratique. Il s’investira dans la pratique pour arriver à connaître la grammaire de l’aïkido, le lexique technique qu’il sera capable de restituer, mouvement par mouvement, lorsque son senseï les lui demandera.

Mais son cheminement dans la voie Aïki a déjà commencé. S’il a pratiqué avec coeur, dans une recherche sincère, il a déjà acquis l’expérience concrète des principes Aïki, de manière plus ou moins consciente, de manière plus ou moins grossière ou subtile selon sa sensibilité à les identifier et le besoin de les acquérir.

Et même s’il échoue à l’épreuve de la restitution technique, et même s’il réussit, il ne peut pas en être au stade du début. Bien sûr la pratique Aïki n’est jamais terminée. Bien sûr, c’est parcourir le chemin qui compte bien plus qu’une hypothétique destination finale. Le shodan est une étape significative et non un début. Elle n’est pas essentielle mais elle est une concrétisation. De la même façon, le diplôme d’étude primaire n’est pas une finalité mais consacre le fait que le jeune est capable d’écrire, de lire, de calculer. Dire que c’est un début, c’est ignorer ce qui a été fait pour en arriver là.

PAretoSi l’on met de côté la connaissance du lexique technique, on constate que c’est avant le shodan que le pratiquant a le plus transformé ses schémas corporels. Plus jamais il ne connaitra dans la pratique un bouleversement de cette envergure. C’est la règle de Pareto, les 20% de l’effort qui apporte les 80% de satisfaction. Pour aller vers les 100%, il faudra investir 80% de l’effort. Avoir parcouru 80% de la route est-ce être au début du chemin?

Gardons-nous donc de traduire le mot shodan et accordons à ce grade ce qu’il est: la reconnaissance par le senseï qui l’accorde d’une étape significative qui donne au pratiquant un niveau d’autonomie qui, en quelque sorte, le détache de celui qui le lui octroie. Non pas parce qu’il n’a plus rien à lui apprendre mais pour lui ouvrir un espace de pratique nouvelle qu’il a déjà goûtée mais de manière pas encore pleine: la sienne!

 

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